top of page

De self-destruction au self-care : le pipeline de la sobriété

  • Photo du rédacteur: Cristina Moscini
    Cristina Moscini
  • 8 déc. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 déc. 2024



Toujours à l'affût des tendances, j'étudie nos algorithmes avec la minutie d'une éthicienne de salon, et ces temps-ci je me penche sur l'abondance de vidéos sur les réseaux ayant comme thèmes la "shower routine".


La vieille soulonne en moi a comme premier réflexe de penser que shower routine, c'est de caler une canette de Pabst froide en prenant une douche chaude et la finir avant qu'elle devienne tablette.


C'n'est point ça.


La shower routine est une activité de jeunes influenceurs•euses qui filment tous les produits nécessaires (ou pas) pour parfaire leur hygiène sous la douche. Oué. Finie l'époque où les jeunes faisaient du pouce pour aller acheter du mush dans l'appart louche d'un quinquagénaire réhabilité pour badtripper dans un parc dans une nuit à -15 degrés, les jeunes branchés ont fait de se laver un art qui coûte cher, et qui est raffiné.


Vanilla girl, strawberry girl, cinnamon cupcake batter girl, faire une clé d'poudre dans les toilettes d'un show girl...


De nombreux comptes sur Tiktok aux centaines de milliers de likes sont dédiés à ces jeunes personnes qui énumèrent et choisissent les différentes sortes de savons, d'exfoliants, de gels douche, de lotions et d'huile pour le corps puis de parfums assortis pour convenir à une esthétique ou une fragrance précise : vanille étant la plus convoitée, mais aussi, biscuits, fruits, et autres arômes de desserts "gourmands" à s'enduire copieusement la charpente.


Ce sont, en tout temps, des routines quotidiennes laborieuses qui sont souvent jointes ensuite aux soins du visage : guasha, dermaplaning, masques hydratants, exposition aux lumières rouges LED, et brumisateur en sus. Et je n'ai pas encore déroulé le parchemin des soins des cheveux.

La majorité de ces comptes sont gérées par des personnes dans la vingtaine.


Dans la vingtaine, esti !


Ce sont là des routines d'archéologues pour garder des momies de 4000 ans en bonne condition.


Fini le temps des émules de Kesha qui se brossaient les dents au Jack Daniels, chaussaient de leurs pieds nus et sales de brillants leurs bottes de cowboy collantes de bière du club de la veille.


La jeunesse veille pas tard, la jeunesse est même matante !


Est-ce une mauvaise chose pour autant ?


Certes, sortir coûte cher. Mais nous sommes en position de remarquer combien nous sommes, collectivement, moins sociables qu'il y a cinq, dix ou quinze, vingt ans. Pandémie, inflation, individualisme encouragé par un capitalisme gangrenant, certes, mais au-delà de, qu'y a t'il, Lucille ?


Un pivot de société s'est opéré, entre la prévention, la protection, et les coutumes qui ont bougé un peu.

Sober-self-care-queen-or-king


Passer de la cocaïne aux poches de thé biologique, passer de se brosser les dents au Wallaroo de Monkey Trail à l'abonnement au gym et pilates, passer de vomir de la téquila à un régime équilibré en omégas.


C'est commun en devenant à jeun de vouloir transférer et faire une fixation sur le bien-être, comme une sur-correction de notre ancienne vie d'autodestruction.


Le pipeline est visible chez d'anciens dépendants qui consommaient à devenir des experts du matcha, du chakra, du yoga et du soin de soi.

Encore là, est-ce une mauvaise chose ?


Pantoute, mais de la mesure dans tout, même la mesure. Cette quête du "mieux" ne doit pas virer dans l'obsession, il n'est pas, après tout, de notre condition humaine que de quantifier la perfection.


Aussi javellisés les sobres peuvent sembler, il ne faut pas oublier que le futur n'annule pas le passé.


Il faut apprendre (chu là-dedans perpétuellement) à composer l'équilibre de qui nous sommes avec d'où on vient et vers où on va.


Autrement dit, ya pas de montant de kundalini qui va effacer les jagermeisters de jadis. Composer pour avancer. Mettons.



Dans mon temps...


Vous entendrez certainement des Gen X dire à quels points leurs parents se sacraient d'eux, qu'ils ont été élevé par la télé, qu'ils buvaient à même la hose dehors, que personne n'était allergique au gluten dans leur temps, qu'ils faisaient tous de la freebase en septième année. Les milléniaux, dont je fais partie, on nous traitait d'hypersexuels, de drogués, mais on nous vendait de la musique et des films où il n'était question que de drogue et d'alcool et de perdre son pucelage en fourrant des tartes aux pommes, où on affichait le décompte en jours, minutes et secondes où les jumelles Olsen seraient enfin majeures et légales à concupiscer...


Les Gen et les Alpha amènent une autre sorte de manchettes aux nouvelles, soit qu'ils flamberaient leur argent de poche chez Sephora (ce qui est quand même moins pire qu'en PCP, mais bon, on est toujours acharné à être sur le dos de la plus jeune génération).



Tout ça pour dire...


Que la pression sociale y joue pour beaucoup dans les choix qu'on fait, nous, animaux de troupeaux.


Que même si l'alcool est moins populaire, la consommation d'autres drogues ne le sera pas autant. La dépendance, la consommation trouvera toujours son chemin dans les faillances de ceusses qui souffrent un brin.

Que même si l'effet de gang peut s'estomper d'une coupeule de comportements dangereux qui n'arriveraient pas si chacun restait chez eux, le danger de l'isolement est aussi important mais d'une autre façon.


Que la poursuite d'un idéal de perfection, d'une texture de peau, d'une vitalité du capillaire, d'une odeur de gel douche, d'être intransigeant dans sa routine, même si elle est confectionnée autour du self-care, peut être nocive à longue et symptomatique d'un mal être humain d'anxiété au quotidien.



La mesure est où ?


C'est ça qui est trippant : c'est différent pour chacun. Y en a qui thrivent à se lever tard, y en a qui trippent à se lever tôt. Y a des traîneuses, y a des ramasseuses, et il faut, à quelque part, apprendre à se situer, à quelque part autour de ça.


Parce que sinon on va tomber à coup sûr dans la spirale infernale de la droye.


Ou pas.


 

Mes livres S'aimer ben paquetée, qui traite de mon cheminement de l'alcoolisme à la sobriété, ainsi que La fameuse Femme-Québec, une pièce de théâtre en huis clos qui se lit comme une chicane de salon explosive sur fond d'histoire du Québec, sont en librairie : par ici.

Post: Blog2_Post

Subscribe Form

Thanks for submitting!

©2020 par Rédaction originale en tout genre. 

  • Facebook
  • Instagram
bottom of page