J'aurais pu, j'aurais dĂ»
- Cristina Moscini
- 10 avr. 2024
- 2 min de lecture
DerniĂšre mise Ă jour : 10 avr. 2024

J'ai jamais eu autant de regrets que quand je buvais.
J'avais autant de rĂȘves que j'ai maintenant Ă jeun, mais je ne m'autorisais pas Ă mĂȘme juste penser que du plus beau ou du plus doux pouvait ĂȘtre dans les cartes pour moi.
Je pensais comme ça avant pour une multitude de raisons et de facteurs, mais les plus vibrants de pertinence sont entre autres le fait que je n'Ă©tais plus digne de confiance envers moi-mĂȘme. Je moffais mes engagements, de plus en plus souvent, Ă cause que je partais me soĂ»ler, tout le temps.
Un show dans lequel j'avais travaillĂ© toute l'annĂ©e arrive enfin et je dois y performer. SoĂ»le. Une nouvelle job dans laquelle je commence juste Ă ĂȘtre Ă l'aise. SoĂ»le. Une date limite pour une inscription, un concours, un micro ouvert, une fenĂȘtre, une opportunitĂ© qui aurait pu, que j'aurais dĂ». SoĂ»le.
L'amertume grandissait en moi plus j'avançais en Ăąge et que je me voyais de haut comme dans un rĂȘve, cimentĂ©e aux mĂȘmes comptoirs, Ă radoter schlinguant comme un vinier, comment on pourrait refaire le monde, et ma contribution c'Ă©tait de boire encore jusqu'Ă en dĂ©gueuler, des rires gras mais du silence lourd dans l'intimitĂ© de ma tĂȘte avinĂ©e, tragique poivrote sous les enseignes aux nĂ©ons du quartier.
Cette amertume s'estompe dans la sobriété.
C'est une chose Ă laquelle on ne s'attend pas en arrĂȘtant de boire. On est prĂȘt au compromis de vivre sans, car vivre avec est devenu insupportable, mais on ne s'attend pas de vivre avec... plus.
Plus d'énergie, plus de perspective, plus d'espoir, l'envie de faire du ménage dans notre vie, se faire un inventaire d'égo, se regarder dans le miroir de l'ùme. C'est la meilleure chose qui peut arriver.
Soudain, les j'aurais pu, j'aurais dĂ» deviennent des j'pourrais p'tĂȘtre et des on l'saura pas si on essaie pas. Chaque jour amĂšne une confiance nouvelle d'essayer diffĂ©remment d'atteindre un but qu'on se fixe, une tite crisse de montagne personnelle Ă gravir. Pour le fun, rienque pour checker si. Si jamais.
On n'a plus aussi peur de perdre parce qu'on sait qu'on peut compter sur soi-mĂȘme, peu importe ce qui arrivera. Et c'est d'une nouveautĂ© bien plaisante.
Je viens d'Ă©crire une nouvelle piĂšce avec un personnage qui exprime cette peur qu'on peut avoir, en tant qu'alcoolique, de ce qu'on pourrait devenir si on ne se corrige pas le tir. Ou ce qu'on pourrait ĂȘtre devenu, si on ne s'est pas retenu. Le rĂ©cit d'une artiste quĂ©bĂ©coise oubliĂ©e qui s'accroche Ă une chance de revivre le temps d'une entrevue avant qu'il ne soit trop tard, mais qui se demande si ce sera trop peu... La fameuse Femme-QuĂ©bec est l'histoire de ces rĂȘves mis de cĂŽtĂ©, qui attendent juste, pourtant, de revivre. Une Ă©toile aux lueurs vacillantes, Ă©teintes.
Ce temps qui passe est une brassée de cartes qui se rejoue chaque jour qui nous est donné.

Si vous ĂȘtes en dĂ©but de sobriĂ©tĂ©, soyez certains que le plus beau continue d'arriver.
Et si vous faites erien cet automne, La fameuse Femme-Québec sera jouée au Théùtre La Bordée à Québec, dans une mise en scÚne de Nancy Bernier, avec Lise Castonguay, Ariel Charest (l'aimée ben paquetée) et Jérémie Michaud, du 29 octobre au 23 novembre.